CD “CAJON JAZZ TRIO” vol. I

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EVARISTO PEREZ “cajón-jazz” TRIO
Marta Themo | cajón
Philippe Brassoud | contrebasse
Evaristo Pérez | piano

FRESH SOUND RECORDS
REFERENCE: FSNT-433
BAR CODE: 8427328424332

Tracklisting:

01. No Tech (Pérez) 6:08
02. Caravan (Tizol-Ellington) 3:45
03. Hydrophare (Pérez) 5:50
04. Mehary (Pérez) 5:38
05. Why (Pérez) 5:17
06. Alice in Wonderland (Fain) 3:15
07. Have You Seen the Prince (Pérez) 7:11
08. Is She (Pérez) 4:26
09. Antenore (Zambrini) 5:14
10. Humbf (Pérez) 7:30

Total time: 54:00 min. approx.

Personnel in all tracks:

Evaristo Pérez (piano), Marta Themo (cajon), Philippe Brassoud (double bass).

Recorded & mixed by Florian Pittet at Studio la Fonderie, Fribourg, Switzerland in 2012

Mastered by Philippe Teissier du Cros, Paris

Photos: Jean-Marie Glauser

Produced by Evaristo Pérez

Executive producer: Jordi Pujol

CD Evaristo Pérez CAJON JAZZ TRIO par Nicolas Lambert

Vous connaissez tous le cajón, à la base une simple caisse en bois, éventuellement agrémentée d’une corde de guitare, tendue derrière la paroi frappée pour en salir juste ce qu’il faut le son. Vous en avez certainement vu de moins rudimentaires, taillés dans de beaux bois, avec un vrai timbre, comparable à celui d’une caisse claire. Sans doute rythmait-il alors une musique d’Amérique du Sud, ou les coups de reins d’une guitare flamenca (flotte un instant le fantôme du regretté Paco de Lucia). Mais vous n’en avez peut-être pas encore goûté la couleur dans un combo de jazz comme celui-là.

L’idée est excellente, il faut bien l’avouer, car un cajón, c’est bien plus vite installé qu’une batterie. Et on s’assoit dessus, ce qui nous évite le transport d’un tabouret. L’instrument ne libère pas seulement de la place au sol, il nous affranchit aussi des cymbales, dont on aime bien sûr l’hypnotisante brillance, mais qui envahissent si vite l’espace d’écoute.

C’est donc un peu comme si le batteur se retrouvait avec une grosse caisse claire, ou un djembé timbré, à devoir jouer avec les nuances d’une seule et même plaque de bois (car il ne s’agit pas d’une peau, vous l’avez compris) pour rendre à la main le pou-toum et la clave d’une bossa nova, aux ballets un swing rapide ou les cercles concentriques d’une ballade. Tout cela, Marta Themo, une des plus brillantes cajónistes de nos contrées, le fait fort bien.

Certes l’instrument la restreint à des schémas rythmiques moins versatiles que ceux du batteur de jazz, mais le trio joue finalement sur cet aspect répétitif, ce qui n’empêche pas la percussionniste de suivre le soliste, de lui répondre, et de faire montre d’une certaine créativité – on est par exemple tout émoustillé de voir ce qu’elle va faire avec son caisson et sa paire de ballets lorsqu’on déboule à grande vitesse dans des échanges de 4×4.

Cette touche exotique, qui sied naturellement aux cinq temps d’une course de dromadaires dans Mehary, ne les empêche pas d’avoir un son plus classique quand ils le désirent, à l’image de Why (présent sur le précédent album d’Evaristo Pérez – c’en est d’ailleurs le titre), dont on inventerait volontiers les paroles tant la mélodie sait lever le sourcil mélancolique des plus belles ballades du real book.

Le trio ne cherche pas à faire du Wall Street jazz (qui force à compter sur vos doigts les temps de chaque mesure) et se nourrit avec joie des recettes qui fonctionnent – sans pour autant parler de cliché. Hydrophare, dont le tourbillon harmonique nous plonge dans des courants marins de différentes profondeurs, part en piano solo dans le même genre d’ambiance, avant de nous surprendre par l’entrée d’une petite cymbale (en option sur le cajón) sur un tempo deux fois plus rapide. Is She nous gilfle lui immédiatement par un thème court, tout en accents rythmiques avant de partir up tempo sur le dos d’une walking bass.

À l’inverse, les rares standards sont allégrement réarrangés, tel Caravan, où la rythmique se plaît à tomber à pieds joints sur le quatrième temps, laissant les débuts de mesures étonnamment vides, ou Alice in Wonderland, qui joue sur le potentiel modal du morceau et brouille les cartes de la reine de cœur en troquant la valse habituelle pour une sorte de 4+2.

Le groupe affectionne aussi des compositions aux grilles harmoniques plus sobres qui lui permettent de mener plus loin sa constante recherche de groove. Je pense là à Humbf, dont le balancement final tire vers l’E.S.T., et à No Tech, dont les tournes obsédantes sont comme autant de bonds d’un dancefloor à l’autre.

Qui a rencontré le pianiste et leader retrouvera enfin son caractère entreprenant et sa vivacité dans les impulsions justes et nombreuses qui jalonnent cet album – ici un bout de solo doublé à des octaves très distants, là une note martelée des deux index… Qui lui a parlé sera peut-être agréablement surpris aussi par son discours musical aéré, ce Have you seen the Prince qui tient en quelques notes et, peu bavard, sait ménager un suspense.

Viva la Musica – Nicolas Lambert (avril 2014)