CD “WHY”

CD Why

Evariste PEREZ – piano, fender rhodes
Cédric GYSLER – contrebasse
Tobie LANGEL – batterie
Ohad TALMOR – sax tenor – Invité sur Why
Enregistré et mixé au studio Alzac (Montreux, déc.08)
titre compositeur
1. Tous les chats sont gris Evaristo PEREZ-GRAU
2. Les moutons volants Evaristo PEREZ-GRAU
3. Autmun Leaves (piano solo) Joseph COSMA
4. Nicole Evaristo PEREZ-GRAU
5. Moose The Mooche (fender rhodes) Charlie PARKER
6. Why Evaristo PEREZ-GRAU
7. El meu Avi trad. catalan, J.Ortega Monasterio
8. La dernière séance Pierre PAPADIAMANDIS
9. Ain’t Misbehaving Thomas Wright “Fats” Waller

CD-arrière_photo

CD Why par Nicolas Lambert (VIVA LA MUSICA, juin 2009)

Autumn Leaves, morceau souvent raillé pour le kitsch de sa marche harmonique, généralement lu à même le Real Book, filtre appauvrissant, parodié plus ou moins volontairement, étalé dans la gelée sucrée d’une jam… Autumn Leaves, seule pièce solo de l’opus, dont Evaristo Pérez tire quelque chose de pétillant, surprenant.

On sent qu’il possède intrinsèquement ce standard des standards, qu’il en a fait une base solide à toute épreuve: feintes, esquives, polyrythmie, dérapages contrôlés, polyvalence de qui joue en quartette à deux mains. Il secoue le tronc, ratisse les feuilles mortes de manière particulière, s’allonge dedans et les disperse à nouveau, substituant au thème final le vent malin d’une variation en point d’interrogation sur le motif de base.

La leçon est là: il n’y a pas de thème dépassé, pas de mauvaise mélodie, de refrain impossible à faire sonner. Le trio nous le rappelle sous le prétexte pop de La dernière séance (dont on connaissait jusque là surtout la version d’Eddy Mitchell), mis en valeur par un jeu raffiné, sans lourdeur, le chill out (détente maîtrisée qui me force à l’anglicisme) d’une fin ad libidineuse.

Citons encore les hommages à Moose the mooche– cerné en quatre notes, dilaté en petites plages modales, plus lent qu’à l’accoutumée pour mieux se prêter au côté mauvais garçon du fender rhodes et de la mitraillette à caisse claire – et à Ain’t misbehaving, courte cerise sur la galette après un silence propre à réclamer un bis. Dans les clins d’œil stride, le collant de ce thème à la force narrative digne d’une BO de Woody Allen, on sent qu’Evaristo Pérez aime non seulement ce qu’il fait, mais aussi cette musique, et ces thèmes qu’il traite en trouvailles d’antiquaire, non en vieilleries qu’il faut dépoussiérer.

Le disque fait aussi la part belle à des compositions aux goûts prononcés, aux thématiques toujours présentes: l’ostinato chaloupé, entre chiens et loups, du crépusculaire Tous les chats sont gris, dont les pattes de velours hésitent entre noires pointées swing et duolets; Les moutons volants, nuages atteints par la tour de Babel aux accords mouvants du pont; l’amour serein de Nicole; sans oublier Why, ballade éponyme dont Ohad ténor, invité pour un titre avec son sax Talmor, souffle le spectre mélancolique du thème en filigrane du chorus de piano.

Le trio s’est trouvé une certaine alchimie: Tobie Langel, sensuel et tout en cymbales, partage les épilepsies contagieuses du leader, tandis que Cedric Gysler tient discrètement l’édifice qui jamais ne retombe. Compositions et reprises se mêlent naturellement dans un langage moderne mais chaleureux et, à l’image du traditionnel catalan El meu avi, élégamment latin.

VIVA LA MUSICA, juin 2009 (PDF) et  AMR (Genève)